Arnaque lucrative autour des miels analysés

arnaque-lucrative-miel

Le miel constitue aujourd’hui le 3ème produit le plus frelaté dans le monde. 2000 échantillons testés en 2015 ont révélés qu’un tiers des pots vendus dans l’UE n’étaient pas conformes ou soupçonnés de ne pas l’être. La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes constatait la même année que plus de 40% des miels analysés en France étaient soit « non conformes » soit « non satisfaisants ». En clair, 1 pot de miel sur 3 que vous achetez est frauduleux.

Et les arnaques sont nombreuses. On peut lire sur de nombreux sites de vente en ligne des annonces alléchantes, qui vantent la qualité exceptionnelle de leurs miels. Pour convaincre la clientèle, un argument est mis en avant systématiquement : le pourcentage de pollen. Mais que cache réellement ce chiffre ? Miel et vertus révèle pour vous les dessous de ce business malhonnête.

Quelle est cette arnaque ?

Elle consiste à donner comme argument de vente l’analyse des pollens présents dans le miel. Puis, de prétendre que ce pourcentage de pollen garantit un miel extrêmement pur. Il existe des laboratoires reconnus en France qui analysent la composition des miels, de manière plus ou moins précise.

Les négociants en envoient une centaine de grammes et paient 60 euros pour une analyse très peu complète qui sert à indiquer,  entre autre, quels pollens se trouvent dans leur miel. Ils s’appuient sur le certificat délivré par le laboratoire d’analyses pour justifier l’argument de qualité mis en avant. Le client potentiel est alors certain qu’il se trouve en présence d’un excellent produit ; il n’a pas de connaissances approfondies en matière d’apiculture et fini donc d’être convaincu par cette expertise en laboratoire.

Mais ce dosage du pollen est loin d’être suffisant. Bien d’autres paramètres entrent en ligne de compte pour attester de la qualité  d’un miel. Ces revendeurs profitent de la naïveté et du manque d’information de leur clientèle. Ils n’hésitent pas à vendre leurs miels à prix exorbitant. Comme si ce taux de pollen faisait de leur marchandise un produit de luxe. Qui n’a sans doute de luxueux que le prix.

Qui sont ses auteurs ?

Principalement des e-commerces, des revendeurs qui achètent du stock en gros, avec dans l’idée que le miel, ça rapporte. Conscients que les consommateurs sont plus méfiants aujourd’hui, ils surfent sur la vague et détournent la mission des laboratoires d’analyses, qui est justement de protéger des arnaques. Ils pratiquent le commerce de miel comme ils pourraient vendre des couverts en plastique ou des chaises de jardin. Zéro respect pour le produit, zéro respect pour le client, pour un maximum de bénéfices sans trop se fatiguer.

Ces mêmes auteurs vont préférer faire analyser certains miels au détriment d’autres, pourquoi ? Tout simplement car ils se focalisent sur des produits prisés par les consommateurs et à forte marge. Il ne fait donc aucun doute que tous les miels vendus sur les sites e-commerces ne sont pas tous analysés.

Quel est leur but ?

Laboratoire d’analyse de miel.

Comme dans toute arnaque, le but est d’abord lucratif. D’un point de vue marketing, l’objectif est de se démarquer de la concurrence par l’argument « pureté du miel ». Jusque-là rien de problématique, tant que cet argument n’est pas un mensonge pur et dur. Rien ne justifie une gamme de prix élevée quand l’argument de vente n°1 repose sur du vent.

On ne peut pas se donner une image de marque et donner à ses produits des airs de luxe quand la qualité ne suit pas. Quand les tests pratiqués sur la marchandise sont insuffisants. L’objectif est de flouer la clientèle. Avec ces analyses, on lui jette de la poudre aux yeux. On lui donne l’illusion d’être de bonne foi et totalement transparent alors qu’on ne fait que la tromper.

Qui sont les victimes ?

Clairement, vous. Vous consommateurs qui vous baladez sur internet pour acheter du bon miel. Vous qui savez qu’il existe des miels de qualité et des miels coupés et qui pensez être tombés sur une pépite en lisant « miel à 94% de jujubier ».  Preuve que l’arnaque fonctionne ; parmi les mots clés les plus tapés sur Google on trouve « miel de jujubier à 99% ». Pour illustrer la combine, le miel de thym, qui compte parmi les miels les plus prisés, n’est jamais mis en avant car son taux de pollen avoisine « seulement » les 20%. En effet, exposer un taux de pollen faible n’est pas vendeur et s’en servir comme argument leur ferait perdre leurs clients !

Concrètement, à quoi vous sert de savoir que votre produit contient x % de pollen de telle ou telle plante ? A rien. Est-ce que cela vous protège d’acheter du faux miel, du miel mélangé ou autre contrefaçon ? Pas du tout. Sans parler du fait qu’il s’agit de concurrence totalement déloyale envers les apiculteurs qui, eux, font leur travail correctement.

Les preuves ?

La réglementation française fixe certains critères sur la composition et la qualité du miel : teneur en fructose et glucose, teneur en saccharose, teneur en eau, conductivité électrique, indice diastasique, teneur en HMF (hydroxyméthylfurfural) notamment.

La CETAM, Organisme de référence en France.

Le CETAM est l’un des organismes de référence en mesure de contrôler ces critères et  de mettre en lumière les fraudes : les analyses sur les sucres permettront de révéler la présence de sirop et le nourrissement des abeilles ou encore de vérifier la validité de certaines appellations monoflorales, la teneur en eau  permettra d’indiquer une récolte prématurée, la teneur en HMF sera un « indicateur de vieillissement » qui augmentera avec la durée de stockage ou le chauffage du miel, etc.

Fondé en 1998, le Centre d’Etudes Techniques Apicole de Moselle (CETAM), second laboratoire de France d’Analyses et d’Ecologie Apicole présidé par le Dr Becker, est un partenaire reconnu de l’industrie agroalimentaire, des chaînes de grande distribution, des administrations, des instituts de consommateurs, dans les recherches d’adultération des miels et de présences éventuelles de résidus de toutes natures.

Il a entre autre pour mission de contrôler, à l’aide de son équipement de pointe, la qualité et l’origine botanique des miels présentés. L’analyse des miels est une part importante de son activité et toutes les régions de France font appel à lui.  Le CETAM propose des « pack » d’analyses des miels (un tableau figure sur le site que nous vous joignions ici) dont les prix varient fortement selon la finesse de l’expertise. Cela peut aller jusqu’à plus de 400 euros pour les plus complètes d’entre elles.

Une analyse appelée « critères légaux » comprenant tous les paramètres de contrôle de la qualité dont nous vous avons parlé coûte 114 euros. Le pack le moins cher, appelé « pollinique qualitative » coûte quant à lui 30 euros, il est décrit sur le site du CETAM sous ces termes : « simple information sur les pollens présents dans le miel, ne permet pas de donner une appellation ». C’est cette formule-ci que les négociants peu scrupuleux auraient pu choisir pour soutenir leur unique argument de vente.

Seulement voilà, l’entourloupe aurait été trop évidente et les résultats d’analyses trop minces ; une malheureuse ligne sur l’origine du pollen. Ils optent donc pour la gamme d’analyses juste au-dessus, à cheval entre la 1ere formule satisfaisante et le vide sidéral en terme de garantie de qualité.

On peut lire sur le site officiel du CETAM :

« Certains apiculteurs ne demandent qu’une analyse pollinique. Une analyse pollinique n’est jamais une analyse de la composition d’un miel. Il s’agit simplement des pollens présents dans un miel qui proviennent aussi bien du nectar récolté par les abeilles que du pollen récolté comme tel à l’état de pelotes […]

L’analyse pollinique seule a donc un intérêt très limité. Ainsi, certains miels de ronce ou de lavande contiennent-ils plus de 90% de pollen de châtaignier sans que ce miel ne contienne le moindre pourcent de miel de châtaignier !!! . »

Paul Schweitzer, Directeur et chargé de recherches auprès du CETAM, nous a expliqué quant à lui :

« Une analyse pollinique n’est jamais une analyse de la composition d’un miel. En effet, dans les miels on trouve certes les pollens que les abeilles ont visité pour le nectar mais également du pollen récolté à l’état de pollen et qui n’a rien à voir avec la composition des miels […]

On ne peut donc jamais conclure à une appellation « X » sur la seule base d’une analyse pollinique […] En fait, l’analyse pollinique est utile parce qu’elle donne une idée des espèces visitées mais ne suffit pas et doit être complétée dans la mesure du possible par des caractères physico-chimiques. »

Réagissez !

Amoureux du miel, vous n’êtes ni des victimes, ni des pigeons. Vous avez la possibilité de vous protéger des escroqueries. Informez-vous ! Ne vous laissez pas manipuler par des arguments « scientifiques », ne soyez pas impressionnés par des analyses bidons.

Comprenez que l’argument pollen ne suffit pas. N’hésitez pas à consulter les sites officiels de référence dans le monde du miel et de l’apiculture : le CETAM, l’ITSAP, le SNA notamment. Tous sont simples, clairs et accessibles. Dorénavant, méfiez-vous lorsque vous verrez un dosage du pollen mis en avant sur un site de vente de miel (avec point d’exclamation en option).

Les solutions !

Quelles solutions pour vous consommateurs ? Pour acheter du miel de qualité sans vous faire manipuler, traitez directement avec des commerçants qui eux même travaillent en collaboration avec des apiculteurs intègres, soucieux de la qualité des miels qu’ils vendent, dont le savoir-faire est reconnu, avec des collaborateurs présents auprès des ruches, maintenant à jour un cahier des charges strict.  Au vu des prix qui sont pratiqués, vous avez le droit d’exiger de la vraie qualité.

Liens utiles :

http://itsap.asso.fr/linstitut/
http://cetam.fr/site/

http://cetam.fr/site/wp-content/uploads/2010/08/Tarifs-2018.jpg

Téléchargez votre guide gratuitement

Avatar

Auteur : Naïm Hanane

Infirmier Diplômé D’Etat (I.D.E) / Praticien en ventouses (Hijama) / Blogger et intervenant sur le site Miel et vertus.