Le miel : L’or liquide

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A l’heure de la mondialisation et d’une offre toujours plus importante de la part des industriels, certaines denrées ont été banalisées au point de devenir des articles de consommation ou des matières premières quelconques, alors même qu’elles s’avèrent être des produits d’exception à la valeur inestimable. Le miel n’échappe pas à cet injuste phénomène, il paraît important de revenir à la genèse de sa fabrication et de se pencher sur le long processus qui l’achemine jusqu’à nos foyers.

Fruit des merveilles de la nature dans ce qu’elle a de plus ingénieux et de plus fascinant, ce joyau en bocal ne saurait souffrir l’indifférence de ceux qui jouissent de ses arômes et de ses innombrables vertus. Nous souhaitons lui rendre sa noblesse et la distinction qui lui revient de droit. De même que l’excellence ne peut côtoyer la médiocrité, nous ne saurions le vendre ou le consommer telle une marchandise produite massivement, sans âme et sans histoire.

La ruche ; une véritable mine d’or

La ruche est une société à part entière et symbolise parfaitement l’intelligence collective mise à profit. Sa vie est rythmée par un ensemble de tâches que chaque abeille effectuera successivement jusqu’à l’étape finale ; le butinage. La fabrique de miel en son sein est d’abord destinée à nourrir les larves et à assurer la survie de la colonie en saison hivernale. Il s’agit d’une incroyable chaîne de production à la mécanique bien huilée ; chaque abeille, chaque fonction -aussi éloignée du butinage puisse-t-elle être- contribue à l’élaboration de la douce substance.

La ruche se compose de rayons formés par des alvéoles que les ouvrières façonnent grâce à leur cire. C’est dans ces alvéoles que croissent les larves qui donneront de nouvelles abeilles. Une fois sorties de leur abri, une vie de dur labeur les attend.

Après leur naissance, elles sont d’abord chargées de nettoyer les alvéoles puis de nourrir la reine et les larves. Ensuite, elles ont pour mission de surveiller la ruche et servent de « guet ». Elles en indiquent également l’entrée pour les égarées qui ne parviendraient pas à retrouver leur chemin.

Elles créent de nouvelles alvéoles et réparent les rayons, allant même jusqu’à servir d’échafaudage lors de ces réparations, sans oublier la corvée d’eau nécessaire à toute la ruche. Pendant trois semaines, elles enchaînent les travaux jusqu’à l’envol pour butiner.

Les fleurs et leurs précieuses matières premières

La majorité des plantes à fleurs dépendent des insectes pour se reproduire. La plupart du temps, le vent ne suffit pas à assurer la pollinisation. Les abeilles, en virevoltant d’une fleur à une autre pour butiner, dispersent le pollen et permettent ainsi leur fécondation. De ce fait, les plantes ont tout intérêt à rivaliser d’inventivité pour se faire remarquer des butineuses.

Immobiles et silencieuses, elles doivent miser sur la taille, la forme, la couleur et le parfum pour attirer. Effluves entêtantes, grosses fleurs très visibles ou petites en inflorescence, émanation d’odeurs imitant les phéromones* ou motifs en ultraviolet situés au plus près des nectaires pour indiquer où se trouve le pollen, toutes les stratégies sont déployées pour convaincre la gent ailée.

Chaque variété de miel se distingue en fonction des fleurs butinées (pour le miel de miellat, le procédé est quelque peu différent). Ambré ou blanc, doux ou corsé, ce sont les plantes qui lui donnent ses caractéristiques organoleptiques, offrant un large panel de textures, de goûts, de couleurs et de senteurs. Sans abeilles point de pollinisation et sans fleurs, point de miel. Ainsi, le destin des végétaux est intimement lié à celui des insectes.

Le butinage: cet autre orpaillage

Lors de leurs missions, les butineuses peuvent visiter jusqu’à une centaine de fleurs par heure. Elles prélèvent le pollen avec leurs pattes jusqu’à former une boule de taille importante qu’elles maintiendront entre leurs pattes arrières. Le nectar, lui, est récupéré grâce à leur langue et stocké dans leur jabot. 75 voyages leurs sont nécessaires pour produire à peine 1 gramme de miel. Au cours de ces 3 semaines de butinage intensif, elles parcourront quelques 800km. Pendant le vol retour, une partie de la récolte est déjà transformée.

En effet, l’estomac des abeilles possède diverses substances telles que des enzymes capables de transformer les glucides présents dans le nectar. Une fois arrivées à la ruche, elles déposeront leur lourd chargement de pollen dans des alvéoles vides que d’autres abeilles se chargeront de tasser et de sceller. 30 kg de pollen par an seront nécessaires pour nourrir les larves et produire la gelée royale. Le précieux nectar « prédigéré » quant à lui sera transmis par trophallaxie** à des ouvrières qui, au gré des régurgitations, finiront le processus de transformation.

D’abeille en abeille, le mélange s’enrichit d’enzymes, se concentre jusqu’à devenir le fameux miel tant convoité. Notons que seules les abeilles savent fabriquer du miel. Malgré les prouesses technologiques de notre époque, c’est un procédé qui échappe à nos compétences humaines et que nous nous voyons dans l’incapacité d’imiter. Le fait qu’il ne puisse être synthétisé est un énième gage de sa noblesse.

Un travail d’orfèvre

Le nectar transformé est déposé dans les alvéoles pour maturer. Les ouvrières, associant leur énergie à la chaleur ambiante, œuvrent à le déshydrater par ventilation en chassant l’air hors de la ruche à l’aide de leurs ailes, jusqu’à ce que son taux d’humidité passe d’environ 70 à 18%. Il prend alors la consistance sirupeuse que nous lui connaissons. Les alvéoles sont ensuite fermées de manière parfaitement hermétique par un opercule de cire.

Ainsi, le miel est stable et préservé dans son écrin naturel. Les butineuses parties en éclaireur indiquent le chemin à leurs consœurs une fois revenues. C’est après cet ultime effort de va-et-vient incessant qu’elles finiront par s’éteindre, dans un ballet à ciel ouvert mêlant pétales colorées et ailes gracieuses.

L’alchimie des apiculteurs

Vient le tour des apiculteurs de sublimer ce produit. Avec une infinie délicatesse et autant de précautions, ils prélèvent les rayons puis les opercules sont ôtés. La cire est récupérée et le miel abondant des cadres est extrait des alvéoles par centrifugation.

Une seconde centrifugation permet de séparer la quantité non négligeable de miel mêlée à la cire. Puis il est laissé à décanter lentement pour le débarrasser de ses impuretés. C’est après sa mise en pot que ce trésor aux reflets irisés nous parvient finalement.

Le miel est véritablement une matière noble, un produit exceptionnel qui gagne à être respecté. Avant de ravir nos papilles et soigner nos maux, cette précieuse substance à eu une vie. Elle provient du vivant, de milliers de petites existences qui ont toutes joué un rôle important et dont chacun des gestes, parfois imperceptibles, a contribué à son élaboration. Elle raconte une histoire ; celle des plantes, des fleurs, des insectes, de cette magnifique relation d’interdépendance qu’ils entretiennent pour maintenir leur fragile équilibre.

Elle cristallise toutes leurs énergies conjuguées. Elle est imprégnée du goût de leur travail et exhale le parfum de leurs efforts acharnés. Si l’alchimie consiste à purifier la matière jusqu’à la rendre précieuse, à rechercher la beauté et l’éternité dans l’essence des choses, les apiculteurs sont bels et bien des alchimistes. Nous espérons qu’après la lecture de cet article, le miel que nous vous proposons vous paraîtra tel que nous le percevons : de l’or liquide.

*Phéromone : substance chimique émise par un animal et destinée à fournir de l’information à ses congénères.

**Trophallaxie : mode de transfert de nourriture utilisé par certains insectes. Quand l’un d’eux régurgite sa nourriture prédigérée, un autre l’ingurgite pour finir le processus en cours.

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Auteur : Naïm Hanane

Infirmier Diplômé D’Etat (I.D.E) / Praticien en ventouses (Hijama) / Blogger et intervenant sur le site Miel et vertus.